Le lac de Garde, une histoire, des légendes,

par Anne Antomarchi  -  8 Juin 2006, 02:56  -  #Voyages- Art et Société.


Fjord tropical, aux eaux bleu d'outremer, le lac de Garde marie un climat d'une douceur exceptionnelle à l'aridité des paysages de montagnes. Ses berges, lorsqu'elles ne sont pas recouvertes de vignes, de figuiers, d'oliviers, d'orangers et de citronniers, se transforment en falaises vertigineuses se jetant dans ses eaux profondes.

«…Seulement un pays possède tout ce que vous pouvez imaginer et encore plus. Ce pays c’est l’Italie…»

 Par Anne Antomarchi

Cette immense étendue d’eau argentée striée de bleu sertie au pied des montagnes du nord de l’Italie, est un petit paradis. Abruptes falaises érodées par les colères de Neptune, rochers sculptés par d’invisibles tempêtes, montagnes semées de vertes forêts, collines riantes de fleurs empreintes de plénitude et rivages enchantés se succèdent : ici, la Nature a célébré de somptueuses noces : celles des montagnes et du lac. Le voyageur en est sans cesse émerveillé.
Au cours des siècles, sa beauté a touché la fantaisie et l'imagination des  poètes et des artistes, de Catullo à Goethe, de Joyce à D'Annunzio et de Virgile à Stendhal. Le lac de Garde séduit par la variété de ses pittoresques paysages de montagne contrastant avec ses  rives exotiques.
Le long de ses côtes, des villages plantés en gradins sur les versants de la montagne ou alanguis le long de ses rives, semblent échappés d’un manuel d’histoire ancienne. L’eau n’est jamais loin; perdue au gré d’un virage, on la retrouve l’instant suivant, offrant un panorama à couper le souffle; surtout après Maderno ou commence la célèbre Gardesane Occidentale, magnifique route creusée à flanc de falaise tombant à pic dans les eaux argentées. Les terrasses des grands hôtels, princières, dominent le paysage; d’autres, telles des paquebots en partance, sont ancrées sur les rives d’argent.
Sur les pentes du lac, les antiques villas, noyées dans une succession ininterrompue de jardins et de parcs, sont splendides à toute heure du jour. Les versants des montagnes peuplés d’oliviers argentés, de châtaigniers séculaires; émaillés de longs et pittoresques cyprès, de palmiers, de lauriers roses et blancs, sont là depuis toujours dans ce décor, immuable lui aussi. Le charme demeure intact, tel qu’on pouvait se l’imaginer au début du 19e siècle, lorsque le lac de Garde était le rendez-vous du tourisme international. Aujourd’hui encore, il est fréquenté  par des célébrités du monde entier.
Une remarquable aventure : I Limonai
Étonnantes, les silhouettes élancées de ces longs piliers de pierres blanches! Orgueilleusement alignées en colonnades romaines, elles ressemblent à un temple futuriste. Parallèles aux falaises rocheuses, traversées par des poutres noires en bois de châtaigniers, elles jettent des ombres insolites dans le bleu du ciel. En équilibre, elles surplombent le rivage du haut de leur structure; que viennent-elles faire dans ce paysage biblique? Elles sont les restes de serres grandioses introduites au 13e siècle par les frères franciscains, dans la région du Gardanese.
On les appelait les jardins d’agrumes (I limonai). Ils représentaient l’ère de la culture plantée en pleine terre, la plus au nord du 46e parallèle. Singulières, elles offrent aujourd’hui de multiples exemples de structures introuvables ailleurs; elles sont les témoignages tangibles d’une époque révolue et d’une culture particulière.
Ces Limonai ont inspiré Goethe, qui écrivait:                                                               
 «Connais-tu ce village où fleurissent dans le vert feuillage, les citrons d’or, resplendissants, lorsqu’un vent léger s’élève en spirale dans le ciel d’azur? Ces jardins, disposés en gradins, ont l’aspect d’ordre et de richesse  (…) les piliers carrés, blancs, construits en enfilade…
tels un escalier, s’élèvent graduellement vers la montagne…»
J.W. Goethe..."                                                        Les citronniers pouvaient atteindre 6 à 7 mètres; des piliers de bois avaient la tâche de soutenir les branches lourdes de fruits. Ils prospéraient tout l’hiver sous une serre modulaire faite de bois et de verre, car, périodiquement, même sur le lac de Garde, pourtant à l’abri des vents des Balkans, la température pouvait descendre à –3°C.
                                     
À Gargnano, l’aventure passionnée du Limonaia de monsieur Giuseppe Gandossi.
Plantée de citrons centenaires qui fleurissent deux fois l’an, (mai et août), la serre, la seule  en activité de toute la région, croule sous la splendeur des bougainvilliers. La culture du fruit jaune, telle qu’on la pratiquait du temps des frères franciscains au 13e siècle, est la passion de Giuseppe Gandossi, toujours heureux de partager son savoir.
Toutes les parties qui composent la serre sont numérotées; elles s’encastrent à un endroit précis comme le ferait la pièce d’un puzzle conçue tout spécialement pour cette structure. En hiver, les trois terrasses appuyées à flanc de montagne doivent être couvertes sur les trois côtés avec des panneaux de bois percés de larges baies vitrées qui laissent entrer la lumière du soleil, et de trappes qui facilitent l’aération. C’est un immense travail que de bâtir ces serres avant l’arrivée de la froidure; Giuseppe s'y emploie pendant plus d’un mois à raison de 9 heures par jour.  Des fers sont plantés sur les murs de sa maison et servent à construire des échafaudages, sortes de passerelles, qui permettront au jardinier d’accéder à la hauteur voulue et de donner un toit à l’ouvrage. Un escalier de pierres unit les trois étages; celui de droite surplombe un petit torrent.  
À droite de la plantation, une maison de trois étages, ouvre sur chacune des terrasses, et sert à ranger les outils, les planches, les poutres et les panneaux percés de vitres. Tout est méthodiquement empilé selon un ordre particulier, rendant efficace la mise en place au début des frimas. Giuseppe est particulièrement fier de nous montrer des pinces, tenailles, marteaux et autres outils datant du 17e siècle dans des tiroirs fabriqués à cet effet. Ils n’ont jamais quitté la serre.
Les citronniers sont arrosés grâce à une rigole qui conduit l’eau depuis le torrent voisin. Le petit bassin où elle s’accumule un instant sert de thermomètre. La nuit, lorsque le mercure descend, Giuseppe, tout comme les frères franciscains, vient y tremper ses doigts afin de mesurer la température. Si l’eau commence à geler, il est temps d’intervenir : de petits feux de bois d’olivier allumés à tous les mètres apporteront la chaleur nécessaire.
Il raconte une opération qui donna lieu à un dicton :
Les fissures entre les planches sont calfeutrées d’herbes séchées. Cette opération s’appelait stupinar et devait être complétée au plus tard le 25 novembre et cela jusqu'à la fin du mois d’avril.
… de là naissait ce dicton : « À la Sainte Catherine, stupina, stupina!! », disait-on aux filles. Cela signifiait aussi qu’à 25 ans, à la Sainte-Catherine (le 25 nov.), les jeunes femmes devaient être mariées, (à l’abri, et protégées (!) par un mari comme les citrons dans leur serre) car ensuite viendrait l’hiver… l’âge plus avancé… sur la photo Giuseppe nous montre les herbes séchées qui serviront au calfeutrage des  serres.
Par le passé, cette expérience devint une véritable culture à grande échelle. Les principales raisons d’implanter ces cultures, furent le relief du terrain, la qualité de la terre, les parois rocheuses et les eaux du lac qui contribuaient à hausser rapidement les températures. En dehors de ses qualités alimentaires, le citron était recherché comme matière première dans l’extraction de l’acide citrique.

Persévérants, ne craignant pas les longues heures de travail, les habitants riverains, tenaces citadins et rustiques pêcheurs, se sont transformés en jardiniers pour survivre. La période la plus importante de la culture se situe entre 1500 et 1870. Dans la seule région de Gargnano se trouvait 70% du nombre de serres de tout le Garda Bresciano. Le village produisait au 17e siècle de 4 à 5 millions de citrons par an! En 1840, pour coordonner toute cette activité agricole, fut constituée la Société Lago Garda dont le siège social, situé à Gargnano, avait la responsabilité d’exporter les citrons sur tous les marchés d’Autriche, de Hongrie, de Pologne et jusqu’en Russie!
On raconte qu’au 18e siècle arrivaient, depuis les contrées lointaines, des Juifs qui acquéraient un nombre impressionnant de citrons pour la fête des «tabernacles». Les citrons du lac de Garde  étaient beaux, gros et brillants. Plus savoureux, plus juteux; plus doux aux palais que les autres citrons, ils étaient recherchés par les femmes, pour les soins de la peau.
La production déclina à la fin du 19e siècle, lorsque les hivers se firent plus froids, la maladie étant difficile à soigner, mais principalement parce que les coûts de production étaient devenus trop élevés, la concurrence plus forte, les moyens de transports plus rapides, et la demande moins importante pour l’extraction de l’acide citrique.
Gargnano
Le village de Gargnano sur la rive occidentale offre un magnifique panorama : accroché a ses collines où fleurit une végétation luxuriante, villas, palais, églises et clochers rivalisent d’attraits. Un village d’une rare beauté, un secret précieux, une histoire, des légendes, un trésor ancré dans les bras du lac, un rocher pittoresque où accostèrent les gens célèbres et des auteurs de renom comme Musset et Lamartine. Encore aujourd’hui des artistes de renommée mondiale et des hommes d’affaire d’Europe et d’Amérique du Nord ont choisi les rives argentées de Gargnano comme lieu de villégiature. Le village est jalonné de petites merveilles ses rues étroites et  pavées, où resplendissent aux fenêtres une profusion de géraniums et de bougainvilliers, invitent à la découverte.
Les commerçants: Coiffeur, couturière, boulanger, pâtissier, cordonnier, pharmacien sont ouverts, à l’année longue et s’enorgueillissent de la situation. Rares sont les boutiques pensées en fonction d’un visiteur éventuel. Les échoppes spécialisées offrent des produits de la région : l’huile d’olive, produits dérivés de la châtaigne, vins du pays, etc.
De belles échappées au travers de minuscules ruelles laissent entrevoir de petits voiliers colorés dansant sur l’eau. Bercée par les clapotis qui deviennent murmure, la place aux allées ponctuées d’orangers et de terrasses de café, s’anime de visiteurs éblouis par la beauté des lieux et par le calme qui s’en dégage. Une atmosphère feutrée règne dans les jardins du bord de l’eau; là, veillés par d’antiques statues, les villageois assis sur des bancs lisent ou sont légèrement assoupis par la chaleur estivale. Dans les allées, à l’ombre des orangers, les enfants mangent de délicieux gelati (glaces italiennes), jouent à la marelle, donnent à manger aux canards et aux nombreux poissons qui savent quand il est l’heure de se régaler…Les amoureux, seuls avec eux-mêmes, attendent que la brise tombe, l’heure ou la brume légère estompe les contours du lac, alors soudain il n’y a plus de montagnes et leurs regards se perdent dans un horizon infini de bleu et d’argent. Tout ici est hymne à la poésie, spectacle envoûtant qui fait de ce village le centre de la Riviera dei Limoni. Tranquille, il garde précieusement la physionomie seigneuriale d’un village lacustre du 17e siècle.
Alfred de Musset, exorcisa ainsi une passion douloureuse, vécue sur le Lac…
« À cette heure, en ce lieu,
Un jour, je fus aimé, j'aimais, elle était belle.
J'enfouis ce trésor dans mon âme immortelle,
Et je l'emporte à Dieu» !

Infos géographiques

Le Lac de Garde est un lieu privilégié depuis le temps des Romains, auxquels on doit la dénomination de Benacus.



Le lac de Garde est le plus grand des lacs italiens, le plus oriental des lacs alpins d'origine glaciaire. Il mesure 52 kilomètres de longueur et sa largeur, de Desenzano del Garda à Peschiera, est de 17,5 kilomètres; sa superficie est de 370 kilomètres carrés et  la profondeur maximale est de 346 mètres. Les eaux du Lac de Garde peuvent être considérées comme une petite mer située entre les derniers sommets des Alpes et la plaine du fleuve Pô. Cinq îles s’y trouvent: Garda, San Biagio, Olivo, Sogno e Trimelone. Trois régions se rencontrent sur ses rives: Lombardie, Vénétie et Trentino.

La période de la deuxième Guerre mondiale fut marquée par la présence de Benito Mussonini à Gargnano (1943 a 1945). Il demeurait à la Villa Feltrinelli, (voir le reportage: l'Esprit Feltrinelli) devenue depuis deux ans une escale luxueuse très recherchée.

Se loger à Gargnano
Hôtel du Lac
Dès l’entrée, quelle belle surprise que de découvrir,  juste droit devant la terrasse, le lac, les canards, les cygnes et les poissons! Cet hôtel ressemble à un bateau ancré à son port d’attache.Le matin en déjeunant, j'ai eu l’impression qu’il bougeait. De belles grandes chambres. Déjeuners copieux. Restaurant. Tout le confort et le charme en plus!
21 Via Colleta. Tel : 0365 71107-
courriel : info@hotel-dulac.it

 Villa San Giulia
Un magnifique villa de style Liberty, une maison d’hôtes nichée au cœur d’un magnifique parc abondamment fleuri qui descend jusqu’aux rives du lac. La piscine au milieu de l’oliveraie est une merveille. Tout le confort. Restaurant : on dîne le soir avec les derniers rayons du soleil…
Accueil  personnel et chaleureux.
20 Viale Rimembranza Tel : 0365 71022-courriel : info@villagiulia.it
Villa Feltrinelli: 38-40 Via Rimembranza Gargnano. Site: www.villafeltrinelli.com
Visiter
 Le choix n’est pas facile car tout n’est que beauté! Il faut faire le tour du lac, en voiture, par la route qui borde ou par bateaux. Ils le traversent à différentes heures du jour, et font  escale dans les villages.
Gargnano
Villa des Ursulines (Palazzo Feltrinelli),  -L’église San Francesco et le cloître du 14e siècle.
-Villa, Village de pêcheurs où l’on peut voir la maison de D.H Lawrence.
-Le Limonaia de Monsieur Giuseppe Gandossi.
-Malcesine
Élue depuis des siècles par les poètes et les écrivains, Malcesine déborde de charme, avec son minuscule port et ses ruelles pavées qui enserrent le château médiéval des Scaliger. Parce qu'il dessinait cette forteresse crénelée dont l'aspect pittoresque l'avait séduit, Goethe y fut arrêté et accusé d'espionnage. Une visite s'impose ne serait-ce que pour le petit balcon suspendu au-dessus de l'eau.
-Un funiculaire permet d'atteindre, via San Michele et  Tratto Spino, le mont Baldo, crête calcaire qui culmine à 2200 m. Au cours de l'ascension, on passe d'une végétation typiquement méditerranéenne à un environnement de fleurs et de plantes  alpines. On dénombre ici 3 600 espèces de plantes.
Gardone Riviera                     
En arrivant à Gardone Riviera, une route grimpe jusqu'au domaine de Gabriele d'Annunzio, le Vittoriale degli Italiani. Ce vaste ensemble comprend un parc, des jardins en terrasse, un théâtre en plein air, un mausolée où repose le maître et la proue d'un navire de guerre (cadeau de la marine italienne au poète, la proue du "Puglia" fut démontée et chargée sur vingt wagons puis reconstruite dans le parc de sorte qu'elle soit dirigée vers l'Adriatique). Il s'agit d'une véritable oeuvre d'art, à ne pas manquer, quel que soit l'intérêt que l'on porte à cet artiste excentrique.
La célèbre Gardesane Occidentale.
 Magnifique route creusée en 1931 à flanc de falaise. Les parois calcaires de celle-ci plongent à pic dans l'eau. C'est l'une des routes les plus célèbres et les plus pittoresques d'Italie, un peu périlleuse en haute saison en raison du trafic intense, délicieuse le reste du temps.
Sirmione et les grottes de Catulle. Ruines d’une immense Villa Romaine
Saviez-vous que…
Le lac de Garde offre ses villages d’eau mais aussi ses villages de montagne, avec ses métiers, ses moeurs, ses traditions et sa transhumance.
Le lac de Garde est l'endroit idéal pour pratiquer la planche à voile, la voile, la pêche et la plongée. Les bords du lac se prêtent également au golf, à l'équitation et aux randonnées pédestres.
Mes chaleureux remerciements aux propriétaire des Hôtels : L’hôtel du lac et à la Villa San Giulia.
La compagnie Air France, et au voyagiste Sympatico Tours à Montréal.

Finalement j'ai pu terminer cet article et vous le présenter avant mon départ.. cette fois je vous dis aurevoir pour de bon jusqu'au 22 juin. Je serai à Saint Petersbourg en Russie. Mon documentaire RAZGOVOR a été sélectionné au Festival qui se tient du 10 au 20 juin. Souhaitez moi bonne chance.
On a pu le voir aussi au Festival International du Film sur l'Art à Montréal. Voici les affiches, qui annonçaient le documentaire à la Place des Arts....Oui bien sûr je vous en parlerai... à bientôt, Anne










Antomarchi Anne 15/01/2013 22:47


Je voudrais bien y retourner... le lac est une merveille!

anne Antomarchi 11/11/2008 14:12

Bonjour Michel Merci pour votre message, j'espère que vous irez faire un tour... le tour du lac di Garda.. Anne 

michel cuzin 10/11/2008 18:53

magnifique blog avec de superbes photos qui ne laissent aucun doute sur les passions de l'auteur . félicitation

Anne Antomarchi 15/08/2006 03:28

Bonsoir Gala,
Merci pour ton commentaire,
Oui l'Italie enchante tous ceux qui lui rendent visite.
Si tu vas voir dans l'autre reportage intitulé l'Esprit Feltrinelli-- tu apprendras des choses sur ton pays...
Un cinéaste de Montréal.. A dit l'Italie c'est trop beau pour appartenir seulement aux Italiens.. à lire et à demain
Anne

Gala Dergachova 15/08/2006 03:11

Je suis toujours jalouse aux italiens qui peuvent habiter dans ce pays tellement magnifique que "tout est trop beau pour l\\\'exprimer avec les mots..."! Cette région de Lac de Gard est aussi remarquable par  de nombreux architectes qui sont arrivés pendant les XVI-XVII s.à Lviv (Leopolis, Lemberg, Lwow, Lvov...), une ville anciene et célèbre en Ukraine Occidentale, pour rester là pour toujours et ils y ont apporté leur esprit et leur immagination en créant des édifices, des églises, des chateaux...
Gala