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Tous les étrangers qui ont visité
Saint-Pétersbourg, à la fin du XVIIIe siècle et au commencement du siècle dernier, à l'apogée de sa beauté, s'accordent pour dire leur sentiment d'admiration pour la ville de Pierre le Grand. Le sens de l'hospitalité des Russes a touché Elisabeth Vigée-Le Brun. Portraitiste de Marie-Antoinette, chassée par la Terreur, sous la révolution française de 1789, elle dut se réfugier à l'étranger. Elle arriva à Saint-Pétersbourg en 1795 et resta six ans en Russie. Catherine II et les grandes familles aristocrates de la capitale la reçurent avec un plaisir évident. Voici son témoignage:
"Vers les trois heures, de l'après-midi nous montâmes sur une terrasse couverte et entourée de colonnes, où le jour arrivait de toutes parts. D'un côté, nous jouissions de la vue du parc, et, de l'autre, de celle de la Néva, chargée de mille barques plus ou moins élégantes. Il faisait le plus beau temps du monde; car l'été est superbe en Russie, où
souvent, au mois de juillet, j'ai eu plus chaud qu'en Italie. Nous dînâmes sur cette même terrasse, et le dîner fut splendide, au point que l'on nous servit au dessert des fruits magnifiques ainsi que d'excellents melons, ce qui me parut être d'un grand luxe. D'un côté de la rivière, se trouvent de superbes monuments, celui de l'Académie des Arts, celui de l'Académie des
Sciences et bien d'autres encore qui se reflètent dans la Néva. On ne peut rien voir de plus beau, au clair de lune, que les masses de ces majestueux édifices qui ressemblent à des temples antiques. Dans son Tableau de Saint-Pétersbourg, Christian Müller rendait exactement le même témoignage: « J'ai vu beaucoup d'hommes qui ont parcouru toute l'Europe et l'Amérique septentrionale, ils m'ont assuré que Pétersbourg, par sa position sur le plus
beau fleuve du monde, par son étendue et la magnificence particulière de son architecture, est absolument unique en son genre » Dès que nous fûmes à table, une musique délicieuse d'instruments à vent se fit entendre pendant tout le temps du dîner. Elle exécuta surtout l'ouverture d'Iphéginie d'une manière ravissante. Aussi fus-je bien surprise quand le comte de Strogonoff me dit que chacun des musiciens ne donnait qu'une seule note; il m'était impossible de
concevoir comment tous ces sons
particuliers arrivaient à former un ensemble si vraiment parfait, et comment l'expression pouvait naître d'une exécution aussi machinale. Après le diner, nous fîmes une promenade charmante dans le parc; puis vers le soir, nous remontâmes sur la terrasse d'où nous vîmes tirer, dès que la nuit fut venue, à un très beau feu d'artifice que le comte avait fait préparer. Ce feu, répété dans les eaux de la Néva, fut d'un effet magique. Enfin, pour terminer les plaisirs de cette journée, arrivèrent, dans deux petits bateaux très étroits, des Indiens qui se mirent è danser devant nous. Cette danse consistait à faire de si légers mouvements sans bouger de place, qu'elle nous divertit beaucoup. La maison du comte de Strogonoff était bien loin d'être la seule qui fut tenue avec autant de magnificence. À Saint-Pétersbourg, comme à Moscou, une foule de seigneurs, possédant des fortunes colossales, se plaisent à tenir table ouverte, au point qu'un étranger connu, ou bien recommandé, n'a jamais
besoin d'avoir recours au restaurateur. Il
trouve partout un dîner, un souper, il n'a que l'embarras du choix. Je me rappelle que dans les derniers temps de mon séjour à Saint Pétersbourg, le prince Naryschkin, grand Écuyer, tenait constamment une table ouverte pour les étrangers qui lui étaient recommandés. J'ai eu toute la peine possible à me dispenser d'aller souvent dîner en ville; mes séances, et le besoin que j'ai de dormir en sortant de table, pouvaient seuls me faire pardonner mes refus, tant les Russes sont enchantés que l'on aille dîner chez eux. Lorsque le mois de mai arrive à Saint Pétersbourg, il ne s'agit encore ni de fleurs printanières dont l'air s'est embaumé, ni de ce chant du
rossignol tant chanté par les poètes. La terre est couverte de neige à moitié fondue; la Doga apporte dans la Néva des glaçons aussi gros que d'énormes rochers amoncelés les uns aux autres, et ces glaçons ramènent le froid qui s'était adouci après la
débacle de la Néva. On peut appeler cette débâcle une belle horreur, le bruit en est épouvantable; car, près de la Bourse, la Néva a plus de trois fois la largeur de la Seine au pont Royal; que l'on imagine donc l'effet que produit cette mer de glace, se fendant de toutes parts. En dépit des factionnaires que l'on place alors tout le long des quais pour empêcher le peuple de sauter de glaçon en glaçon, des téméraires s'aventurent sur la glace devenue mouvante pour gagner l'autre bord. Avant d'entreprendre ce dangereux trajet, ils font le signe de croix et s'élancent, bien persuadés que, s'ils périssent, c'est qu'ils y sont prédestinés. Au moment de la débâcle, le premier qui traverse la Néva en bateau présente une coupe d'argent remplie d'eau de la Néva à l'empereur, qui la lui rend remplie d'or. On ne décalfeutre pas encore les fenêtres à cette époque et la Russie n'a point de printemps; mais aussi la
végétation se presse pour regagner le temps perdu. On peut dire, et c'est à la lettre, que les feuilles poussent à vue d'oeil...Les Russes tirent parti même de la rigeur de leur climat pour se divertir. Par le plus grand froid, il se fait des parties de traîneaux, soit de jour, soit de nuit aux flambeaux. Puis, dans plusieurs quartiers, on établit des montagnes de neige sur lesquelles on va glisser avec une rapidité prodigieuse, sans aucun danger;
car des hommes, habitués à ce métier, vous lancent du haut de la montagne, et d'autres vous reçoivent en bas...J'ai déjà dit qu'il faut aller dans la rue pour s'apercevoir du froid à Saint-Pétersbourg.
pots remplis des plus belles fleurs que donne chez nous le mois de Mai.
et les hommes s'établissent; j'avais si bien pris l'habitude de ces sièges que je ne pouvais plus m'asseoir sur un fauteuil. Les dames russes saluent en s'inclinant, ce qui me paraissais plus noble et plus gracieux que nos révérences. Elles ne sonnaient point leur domestiques, mais les appelaient en frappant dans leurs mains, comme on dit que les sultanes font dans le sérail. Toutes les dames russes avaient à la porte
de leur salon un homme en grande livrée, qui restait toujours là, pour ouvrir aux visites; car je crois avoir remarqué qu'à cette époque l'usage n'était pas de les annoncer. Mais ce qui m'a paru plus étrange, c'est de voir quelques unes de ces dames faire coucher une femme esclave sous leur lit.
manquaient pas, et dans toutes on était reçu de la manière la plus aimable. On se réunissait vers les huit heures, et l'on soupait à dix. Dans l'intervalle, on prenait le thé, de l'hydromel. Extrait des "Souvenirs" de Élisabeth-Louise Vigée Le Brun née le16 avril 1755 à Paris -décédée le 30 mars 1842 à Louveciennes; Elle est une peintre française, au nombre des plus grands portraitistes de son temps, avec par exemple Quentin de La Tour ou Jean-Baptiste Greuze.
Madame Vigée-Le Brun et sa fille, Jeanne-Lucie, dite Julie (1786). Née en d'un père artiste, Elisabeth décide à l'âge de 14 ans de consacrer sa vie à l'art. Formée par un peintre elle épouse en 1775 Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, un marchand de tableau avisé qui fera beaucoup pour la carrière de sa femme. A partir de 1780 Elisabeth Vigée-Lebrun devient la portraitiste de la haute société, elle sympathise avec la reine Marie-Antoinette et fera d'elle plusieurs portraits qui se trouvent au musée de Versailles. On peut s'étonner qu'une femme ait connu le succès en tant qu'artiste dans la société masculine du XVIIIe siècle, Elisabeth Vigée-Lebrun l'explique elle-même : Les femmes régnaient alors, la révolution les a détrônées ». Son succès à un revers, elle
est critiquée, on lui reproche surtout son amitié avec la reine Marie-Antoinette qui est très impopulaire avant la Révolution. Dès 1789 elle émigre et fréquente les cours d'Italie, d'Autriche et de Russie où elle séjourne plusieurs années, peignant les nobles de Saint-Pétersbourg, dont la comtesse Skavronskaia, dame d'honneur de Catherine II. En 1802 elle rentre en France et se consacre à la peinture des paysages. En 1835 elle publie ses souvenirs, une vision personnelle de cette époque bouleversée qui connaît un grand succès. Elle a réalisé quelque 900 tableaux dont 700 portraits y compris plusieurs autoportraits, 30 portraits de son amie Marie Antoinette et 50 portraits exécutés durant son séjour de six années en Russie.
Que vous dirais-je moi, Anne, dont le talent ne peut se comparer à tous ces illustres écrivains! Je voudrais être poète et vous offrir les mots jamais encore lus; les expressions encore inconnues pour dire à quel point j'aime marcher le long de ces immenses avenues, flâner le long de ces quais de granit rose qui bordent ses canaux. J'ai l'impression d'avoir de la distance devant moi...au sens propre comme au sens figuré.. l'avenir devant soi. Au fur et à mesure que j'avance, mes pensées s'imposent à moi: claires, précises, vastes. Elles s'accordent au rythme de mes pas. L'illusion que le bout du chemin est sans cesse repoussé, le terminus encore loin, le temps sans calcul, sans limites, l'air respiré inépuisable. J'aime l'idée que mille et une surprises m'attendent encore
et encore. J'aime ses longues avenues rectilignes, aux horizons sans fin, l'harmonie dans l'architecture, la splendeur de ses façades multicolores qui se regardent dans l'eau sans gêne, les cours intérieures, vastes et closes à la fois; les ponts romantiques comme des cartes postales, les ciels sombres sans fenêtres, les ciels embrasés pour les amoureux les ciels clairs et
transparents pour les peintres. Les jours, qui s'éternisent jusqu'aux aurores étonnants de clarté irréelle, me ravissent à chaque fois. Lorsque de retour dans ma ville, attablée à une terrasse de café, sans réaliser que cette impression d'immensité colle encore à mes pensées, lorsque je lève mon regard sur l'autre côté de la rue, d'un seul coup, je suis transportée dans la cité
Impériale, car le trottoir d'en face est si proche que je pourrais presque le toucher en étendant la main; je réalise alors, que Petersbourg est bien loin mais que ses espaces m'habitent encore.
de l'écrivain Brodsky:
projette aucune ombre».
murs. Les pièces sont de bonnes dimentions. Les planchers sont en bois dur, style à chevrons ou "point de Hongrie".
désireux de souligner la distance entre le Tsar et ses sujets, décréta que les bâtiments construits à Pétersbourg devaient avoir une hauteur inférieure de deux mètres au moins à celle du Palais d'Hiver. Seules, les églises pouvaient dépasser le Palais de leurs dômes et de leurs flèches. Cette réglementation resta en vigueur durant des dizaines d'années. Le caractère de la ville est déterminé avant tout par les panoramas de la Néva et par les ensembles architecturaux de l'Institut Smolny, du Champs- de- Mars, des Places du Palais et des Décembristes, de la pointe de l'île Vassilievsky, de la forteresse de Pierre et de Paul. Sur les Quais de dressent des chefs- d'oeuvres comme l'Amirauté, le Palais d'Hiver, la Bourse maritime et d'autres. L'avenue
principale de la ville, la perspective Nevsky, forme un tout avec le décor de la place des Arts et de la place Ostrovsky. Parmi les merveilles de Saint-Pétersbourg, figurent ses environs, célèbres par leurs palais, leurs parcs et leurs fontaines. Le métro est aussi un remarquable ouvrage d'architecture. L'eau constitue près d'un sixième de la superficie totale de Pétersbourg: il y a 66 rivières et canaux, plus de 100 lacs et étangs.
On conçoit donc l'importance du rôle qu'y jouent les ponts. Parmi les 620 ponts de types divers, 20 sont mobiles, qui franchissent les cours d'eau de la ville, certains ont des qualités techniques et esthétiques qui en font de précieux monuments d'architecture russe. La ville est la plus septentrionale des grandes villes du monde, elle se trouve à la latitude de l'Alaska et du sud du Groenland. Aussi les jours y sont brefs en hiver. Pendant les
poètiques nuits blanches, de mai et de juin, lorsqu'un léger crépuscule descend pour 30 ou 40 minutes à peine, les rues, les places et surtout les quais de la rive gauche deviennent incomparables. La nuit, les ponts de la Néva, face au Palais d'Hiver, et à celui de l'Ermitage, s'ouvrent pour livrer passage aux bateaux et aux très longues péniches arrivant de la mer Baltique. Un véritable ballet de lumières commence...La vue de ces tabliers illuminés, dressés dans la brume mauve, avec pour toile de fond la forteresse Pierre et Paul, restera à jamais gravée dans mes souvenirs.
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