Le Palais du Peuple

par Anne Antomarchi  -  4 Septembre 2006, 04:27  -  #Voyages- Art et Société.

Par Anne Antomarchi

Un livre ouvert sur soixante -dix années de flamboyantes contradictions ... un rêve grandiose!

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Laissez- vous surprendre par la démesure des vastes décors, les yeux grands ouverts éblouis par des beautés insoupçonnées. Imaginez un féerique et somptueux palais ou une fastueuse cathédrale engloutie! Ici point de lumière du jour. Pourtant, ici tout est lumière, brillance, orgie de reflets d'or chatoyants, de douces patines, de vitraux irisés, de lustres scintillants, d'escaliers vertigineux.
Fichier hébergé par Archive-Host.comIci règne une atmosphère irréelle à la «Docteur Jivago» sous la verrière de l'hôtel Métropol. C'est à couper le souffle! Vous êtes au plus profond de la planète dans le Métro de Moscou à 86 mètres sous terre.
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S'engager pour la première fois, sur l'escalie roulant dans une descente rapide à la station Bielorussaskaya, c'est comme si l'on sautait dans les chutes du Niagara sans tonneau!!! tant la descente est profonde et rapide. Rien de comparable avec ce que vous connaissez déjà. Ces escaliers vont très vite, et le vertige peut  vous surprendre. il faut se tenir à la rampe du côté droit et y rester car bien que l'escalier glisse à toute vitesse, le côté gauche est réservé aux passagers qui dévalent les marches en courant. Des torches illuminées arrivent à notre rencontre, éclairent les murs couverts d'affiches publicitaires qui disparaissent vite derrière Fichier hébergé par Archive-Host.comnous. À l'atterrissage, c'est l'éblouissement! Imaginez : des halls comme des salons, parés de lustres en bronze, de sols en marbre de colonnes élégantes, de statues antiques, comme on a l'habitude  de les admirer dans la salle de bal d'un palais et non pas dans les entrailles de la terre! Un peu d'histoire : La première ligne fut inaugurée le 14 mai de l'année 1935. Les styles des quatre premières lignes construites sous Staline reflètent l'idéologie de l'Union Soviétique: l'art à la portée de tous au quotidien. Les métiers y sont glorifiés: aviateurs, agriculteurs. Fichier hébergé par Archive-Host.com

Exemple la station PloshchodRevolutsiï, dessinée avec un grand symbolisme, compte 80 statues, coulées dans le bronze, rendant hommage aux héros de la révolution d'Octobre. Le quotidien est illustré par les ouvriers, les fermiers, fermières, les athlètes, et glorifié par des sculptures colossales éclatantes d'optimisme. Par la suite, à chacune des stations, correspond un thème différent, une idée, un style : tantôt Art Nouveau, tantôt baroque, tantôt néoclassique ou jugenstil. Fichier hébergé par Archive-Host.com

Le luxe des matériaux témoigne d'un projet hors du commun: une soixantaine de marbres rares, de pierres semi-précieuses; des granits, des vitraux, des bronzes, des lustres en véritable cristal (certaines stations en dénombrent 200! ) jusqu'aux pierres fines des mosaïques. Tous les intervenants sont russes: les architectes, les artistes, les ouvriers. Leur adresse, leur savoir faire et leur immense talent dans les diverses disciplines ont créé un réseau souterrain particulier d'une grande valeur artistique et sans comparaison dans le monde.Fichier hébergé par Archive-Host.com

Les stations illustrent non seulement l'évolution d'un transit rapide de masse, certains trains rapides frôlent les 90 km/heure, mais aussi la remarquable attention apportée à l'esthétique architecturale, à la sculpture et aux arts décoratifs en général, dans un monumental projet de travaux publics, jamais encore vus. De retour d'un voyage à Moscou en 1937, le célèbre architecte Américain Frank Lloyd Wright, aurait cité: «Le métro de Moscou ravale celui de New York au niveau d'un égout»
Lorsqu'il est question de l'architecture du métro, on est tenté d'expliquer pourquoi les formes classiques se sont mieux adaptées ici dans ces profondeurs, qu'ailleurs. Dans ces constructions souterraines, des notions comme la masse, le volume, l'aspect monumental deviennent prédominants et l'esthétique classique correspond parfaitement à la fonction des pylônes et autres structures portantes. L'arc, la voûte, le pilier, que l'architecture classique a élaboré avec tant de logique et de rigueur, tous ces éléments se trouvent ici justifiés. Les architectes s'accordent pour dire que l'architecture du métro de Moscou n'a pas vieilli. Fichier hébergé par Archive-Host.com

La station que je préfère entre est la station « Maïakovskaîa, en l'honneur du grand poète révolutionnaire : Maïakovky, elle aurait pu être construite aujourd'hui tant elle est empreinte de modernisme dans la forme du design comme dans les matériaux utilisés. Elle fut réalisée en 1938 par l'architecte A.Douchkine et l'ingénieur R. Scheinfan qui ont trouvé dans la création de cette station une solution à la fois originale et audacieuse pour l'époque. Les pylônes massifs sont remplacés par des colonnes métalliques de portée relativement faible, mais parés d'acier inoxydable élégamment mouluré. Le hall central s'ouvre librement sur les quais latéraux, donnant une impression de grande légèreté et d'espace. Outre ses mérites esthétiques, ce choix se révèle très commode pour les usagers : on n'est jamais à l'étroit dans le hall et l'on voit, dès l'escalator l'arrivée des rames bleues, vertes. À la base, les piliers sont sertis de granits précieux veinés de rouge. Fichier hébergé par Archive-Host.com

Les mosaïques sont l'oeuvre de l'artiste A. Déïneka, sur le thème « Une journée au pays des Soviets », et s'inscrivent dans le plafond des coupoles. Immédiatement la magie opère, on oublie le temps, partout des gens contemplent avec ravissement ces tableaux de mosaïques byzantines faits de verres colorés ou opaques. Ces très rares mosaïques, ont été réalisées à Saint Petersbourgs, pendant le terrible siège, de 900 jours (1941-1943) elles sont le symbole de la résistance et de la ténacité des artisans Péterbourgeois. L'éclairage, incorporé dans les coupoles Art Nouveau, confère à la station un aspect aérien, tout en éclairant correctement les mosaïques. La station obtint le «Grand Prix» de l'Exposition Universelle en 1939, à New York. La station Mayakovskaya fut le théâtre de cérémonies grandioses. C'est là que le vingt quatrième anniversaire de la Révolution d'Octobre, fut célébré en grande pompe, le 17 octobre 1941, sous les élégantes arcades en acier et marbres précieuses. Fichier hébergé par Archive-Host.com

D'autres stations méritent l'attention : elles se trouvent sur la ligne circulaire : Komsomolskaïa, Kievskaïa, Novoslobodskaïa et Plochtchad Revolutsii.
Lorsqu'on remonte, l'effet est saisissant! Une foule dense de passagers se déverse dans le grand Hall et se dirige sans hâte vers la sortie; serrés les uns aux autres ils aboutissent aux pieds des escaliers roulants, et s'engagent sur la première marche. Droit devant, une perspective incroyable : Un interminable tunnel circulaire s'étire en une montée à la verticale, transportant des personnes debout, immobiles pour un moment comme des statues? l'impression de s'embarquer pour une aventure dans lespace. Plus de douze millions de passagers transitent chaque jour dans le Métro de Moscou, plus que dans les métros de Paris et de Londres réunis. À l'intérieur de leurs guérites vitrées, des employées, des femmes à l'âge de la retraite, surveillent ce va et vient incessant. Fichier hébergé par Archive-Host.com

Le dimanche matin, à l'heure ou les moscovites ont quitté la ville pour leur Datcha, (maison de campagne) le métro de Moscou s'offre dans toute sa splendeur. En ce lieu, sans le va-et-vient incessant de la foule, on peut s'attarder aux détails des plafonds ornés de fresques exceptionnelles, déchiffrer les secrets de l'histoire qui défile sous nos yeux dans une succession infinie d'événements, deviner les aspirations de ce peuple croyant de toutes ses forces aux «lendemains radieux.» Troublante constatation que ce livre ouvert, page par page,sur
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soixante-dix années de contradictions! 
Aujourd'hui à l'aube d'un nouvel espoir, de ces années d'isolement, de cette grandiose utopie, il reste un métro princier fleuron d'un patrimoine artistique, un hymne à la vie et à l'homme. Pouchkine, ne disait-il pas déjà en 1818, dans un de ses poèmes «nous verrons monter l'astre messager du bonheur: la Russie surgira du sommeil et sur les ruines de la tyrannie une main tracera nos noms. » Le métro de Moscou est un exemple fonctionnel de transport urbain, d'architecture et de « design » incomparable.
Aujourd?hui, le métro de Moscou compte plus de 200 stations. La longueur totale des 11 lignes est de 255 km et les stations sont toutes différentes.
J'espère que ce reportage vous a plu.... n'hesitez à laisser un petit message. Je vais vous revenir bientôt avec un beau reportage sur Zacatecas au Mexique, mais avant je pars pour la Corse le 16 septembre... je vous donne des nouvelles tout de suite après. À bientôt, Anne

LIZOTCHKA 07/11/2008 12:53

Bonjour Anne,Merci pour ce reportage qui ravive de bons souvenirs...Bonne journée.Bises de la SartheElise

Antomarchi Anne 18/10/2013 20:09

BIENTÔT DE NOUVELLES STATIONS INCOMPARABLES....

Emilie 15/10/2007 21:20

Bonsoir,Oui c'est Jocelyne qui m'a donné l'adresse de votre blog, et le village est Giuncaggio!Vous connaissez la Charente-Maritime? Vous allez à la Rochelle?A bientotEmilie

Claudine 08/01/2007 15:20

Ah ! Il a une autre tête que notre métro parisien !!Y'avait longtemps Anne !.... ;-)

koulou - (flégroll) 29/09/2006 00:41

C'est vrai qu'il en jette le métro moscovite ! si je dessinais ça, on ne me croirait pas ! d'où l'avantage de la photo sur le dessin pour ce qui est du témoignage et du documentaire ! Enfin,... Avec un bémol tout de même..; Maintenant le numérique ne permet plus d'avoir "confiance" en une photo.

Patricia Cerbera 24/09/2006 12:15

Bonjour Anne, Merci de ta visite sur mon blog. Excuse-moi, je ne sais pas ce qu'est un " Signator".
Merveilleuses tes photos! Féerique!
Tu es peut-être toujours en Corse?
A bientôt.  Patricia