EXCLUSIF. DMITRI MEDVEDEV NOUS REÇOIT DANS SA DATCHA

Photo: À une vingtaine de kilomètres de Moscou, où il habite avec sa famille Le Président Dmitri Medvedev accorde une entrevue à Paris Match. |

A la veille de son voyage à Paris, le président russe nous parle de son ami Sarkozy, de la modernisation de son pays et de l’Otan qu’il vit comme une menace. 

Un entretien avec Olivier Royant et Pierre Delannoy - Dmitri-Medvedev articlephoto

Paris Match:

Jeudi 18 février. Il neige à gros flocons sur la résidence présidentielle de Gorki-9, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Moscou. Depuis l’époque soviétique, les dirigeants russes aiment se réfugier dans cette région boisée, balayée par les vents et nettement moins polluée que la capitale. Autrefois, il y avait des datchas de luxe, principalement destinées aux beaux jours et aux week-ends ; maintenant, ce sont de véritables palais dotés de toutes les commandes du pouvoir, où le président Medvedev, comme son Premier ministre, Vladimir Poutine, qui habite à quelques kilomètres, vivent et travaillent quasiment à l’année. C’est ici que le maître du Kremlin reçoit ses hôtes de marque. Barack Obama et son épouse y ont été invités en juillet dernier. Dmitri Medvedev accorde rarement des entretiens à la presse étrangère. Il nous reçoit à l’occasion de l’Année de la Russie en France et de sa visite officielle à Paris, à partir du 2 mars. Nous attendons dans une des nombreuses annexes que compte le parc, une bâtisse cossue, ornée d’animaux empaillés et d’armures médiévales. Le président aura un léger retard. Il met le point final à une réunion sur le changement climatique. Dmitri Medvedev prend en ce moment des décisions capitales. Face à la corruption et à la violence de la police, il a annoncé, ce matin, le limogeage de deux vice-ministres et de quinze officiels régionaux. Quand nous lui demandons s’il a dû affronter aujourd’hui une crise particulière, il nous assure que non : « Je viens de voir le ministre de l’Intérieur. » C’est un quadragénaire élégant et serein, souriant, qui nous accueille au coin de la cheminée de son bureau entièrement lambrissé.

SC TE18 02 10100EOS5D283 referenceParis Math: Coïncidence du calendrier, vous allez ­célébrer, à Paris, vos deux ans à la tête de la Russie. Qu’attendez-vous de ce voyage en France ? Dmitri Medvedev. Je dois d’abord vous dire qu’il m’est très agréable de vous recevoir. L’histoire des relations entre nos deux pays est très ancienne. Au XIe siècle, la princesse Anne de Kiev a été l’épouse de votre roi, Henri Ier. Aux XVIIIe et XIXe siècles, le français était presque la deuxième langue de Russie. Ni l’allemand ni l’anglais n’ont jamais connu une telle faveur des élites russes. Après la révolution, des millions de gens, souvent aux destins tragiques, se sont exilés en France. S’ils ont choisi votre pays, c’est parce qu’ils s’y sentaient plus “chez eux” que dans un autre. Après la Seconde Guerre mondiale, pendant l’époque soviétique, nous avons toujours maintenu des contacts à haut niveau. Le général de Gaulle avait beaucoup de respect pour la Russie. Nous n’avons plus de différences idéologiques, désormais. Personnellement, j’ai d’excellentes relations avec Nicolas Sarkozy. Quand nous sommes d’accord, Nicolas tient toujours parole. Votre visite à Paris sera-t-elle l’occasion d’acheter un bâtiment de projection et de commandement de la classe Mistral à la France ? Le Président: La Russie est toujours un des grands acteurs internationaux de l’industrie de l’armement, de la kalachnikov aux missiles sol-air S300, mais il y a des sec­teurs où nous voulons acquérir d’autres technologies. Notre industrie doit être ouverte à la concurrence. C’est le cas des navires de guerre.Vous connaissez la France depuis 1991. Quelle en est votre impression personnelle ? Le Président: J’en garde des souvenirs éclatants. J’y suis venu la première fois pour développer la coopération entre Saint-Pétersbourg et les milieux d’affaires français. J’avais beaucoup lu sur Paris, mais ce que j’ai découvert a été bien plus fort que je ne l’avais imaginé. Les Champs-Elysées, les lumières, les petits restos, l’atmosphère... c’est une grande émotion ! A l’époque, j’étais juriste à la mairie de Saint-Pétersbourg, et j’avais été frappé par la facilité avec laquelle, en France, on pouvait avoir des entretiens importants n’importe où, dans la rue, en marchant, au bistrot... La crise a durement frappé la Russie, trop dépendante des hydrocarbures. Sa croissance est en berne alors qu’elle ­repart en Asie. Ne craignez-vous pas d’être à la traîne au sein des BRIC [Brésil, Russie, Inde, Chine] ? Le Président: Les leçons sont évidentes. Primo : la faiblesse de notre économie, fondée sur les matières premières. On le savait, mais on n’en a pas moins été pris au dépourvu. Secundo : dans ce genre de crise, on ne peut pas s’en sortir seul, il y a trop d’interférences. Nous devons apprendre à parler une même langue. C’est ce que nous faisons avec le président Sarkozy dans les réunions des G8 et G20 : cons­truire une nouvelle architecture internationale. Enfin, si les hydrocarbures continuent à nous fournir des recettes importantes, nous devons nous diversifier et investir massivement dans les nouvelles technologies. Une commission présidentielle a été créée à cet effet. Je m’en occupe personnellement. [...]
Reportage Svyatoslav Shcherbakov

 

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